Le Journal / Racines

Une question d’étiquette

Un arbre familial des étiquettes Lafite.

Joignez-vous à nous pour un petit tour de nos étiquettes, de la toute première à la plus récente, en passant par Bombay, Supreme et une touche de fantaisie.

Scrollez

Fermez vos yeux un instant et imaginez l’étiquette Lafite.

Qu’est-ce qui vous vient en tête ? Est-ce peut-être le château bordé d’arbres, la taille du cèdre, le rideau de feuilles du saule ? Ou bien les couleurs, le rouge foncé, le blanc crème ? Ou encore pensez-vous à ces deux femmes au premier plan avec leurs corsages serrés et leurs larges jupes, à moins que ce ne soient à ces travailleurs qu’elles observent, leurs outils en main, et qui les regardent en retour?

Indépendamment de l’image qui vous soit venue ou pas, il est certain qu’on doit faire appel à notre notre imagination pour déchiffrer les racines et le sens de l’étiquette centenaire de Lafite. Curieusement, nos archives ne font presque aucune allusion à son évolution. L’auteur de la gravure originale reste inconnu, tout comme les raisons qui l’ont mené à créer une scène aussi intrigante : l’équilibre et la tension entre les deux paires de personnages, mais aussi l’insinuation ludique de ce qui se trâme, tant dans l’étiquette qu’à l’intérieur même de la bouteille. 

Les étiquettes possèdent une profondeur qui rehausse la finesse du vin. Si un millésime est le reflet d’une saison, alors son étiquette en est la carte postale, mettant l’accent sur d’éventuelles innovations vinicoles et soulignant les moments spéciaux. Elle fournit des informations essentielles sur le vin, telles que l’appellation, l’année, le vinificateur, etc., donnant ainsi à ceux qui savent la lire le pouvoir d’évoquer ses arômes et saveurs rien qu’en la regardant. Elle contient aussi des notes de dégustation, des renseignements sur comment le vin a été gardé et d’autres spécificités qui vont par la suite influencer le prix du vin, comme par exemple les preuves d’authenticité qui le distingueront des produits contrefaits.

Le saviez-vous ? Selon la loi française, une étiquette ne peut reproduire un Château que si celui-ci est la maison originale du domaine et qu’il existe encore. Et notre Château est bien debout. À part quelques modifications apportées au fil des années et l’absence de certains arbres arrachés par des tempêtes, la scène qu’on observe dans la gravure originale reste essentiellement inchangée.

Mais l’étiquette conserve aussi son air mystérieux… Qui sont ces deux femmes ? Qui sont les deux hommes ? Que faisaient-ils ce jour-là ? Inspirée par ces inconnues, notre étiquette 2018, lancée pour célébrer le 150e anniversaire de l’acquisition du Château, a été embellie par l’ajout d’un “œuf de Pâques volant” : une montgolfière camouflée dans la scène. Mais nous y reviendrons. 

Ces détails mis à part, l’étiquette Lafite est une touche finale présente presque depuis le début. Elle a reçu un très léger lifting a été en 2005, quand le graveur aquafortiste Erik Desmazières retoucha la gravure pour apporter une nouvelle profondeur à chaque ligne. Il retint exactement les mêmes traits, mais son intervention donna un nouveau souffle à l’image en ajoutant un peu plus de précision et de définition. 

Alors, rejoignez-nous pour un petit tour de nos étiquettes.

Acquise par le Baron James en 1868, l’étiquette Lafite (dans son apparence actuelle) débuta avec le millésime de l’année suivante. Dans un reportage sur des enchères tenues quelques décennies plus tard, Le Sommelier publiait : “L’énorme succès du Château Lafite Rothschild 1869 en Angleterre marqua le début d’une forte demande pour les vins portant l’étiquette authentique du Château”. En bas à gauche on peut déjà lire la mention “Déposé”. 

Message dans une bouteille : Retour des Indes fait référence à une pratique qui bonifiait les vins en leur faisant faire le voyage aller-retour en Inde, car on croyait qu’un tel procédé accélérait le vieillissement du vin. Il s’agit ici d’une étiquette conçue pour une bouteille placée dans un bateau à vapeur judicieusement nommé Le Précurseur, qui devait quitter Bordeaux pour Bombay et Madras le 31 octobre 1878.

Une étiquette, oui, mais cette fois pas de vin. Il s’agit d’une énergique quadrille pour piano composée par Hermance Vallet-Chaintrier.

Vers 1889, le nom Pauillac et l’appellation contrôlée Pauillac firent leur apparition dans les étiquettes Lafite. Peut-être plus surprenant encore, voici une facture de la même année pour l’impression des étiquettes, découverte dans la boite n° 43 des archives Lafite. L’entreprise E. Andrieu, spécialiste lithographe et fabriquant d’étiquettes, n’existe plus mais son ancien siège au 61, Rue des Trois Conils est à une courte distance du nôtre en suivant le Cours de Verdun.

En 1902, l’étiquette ne porte pas le suffixe Rothschild dans le nom du Château et la mention “mise en bouteille au Château” n’apparaît pas non plus sur la bouteille. La gravure a été changée en éliminant la bordure. On aperçoit cependant deux des flèches qui par la suite s’uniront pour former l’emblème des Domaines Barons de Rothschild. 

Pendant plus de cinquante ans, les Châteaux ne mirent leurs vins en bouteilles que pour de rares occasions, car il n’y avait aucune obligation de le faire. Par conséquent, durant plusieurs décennies, les vins Lafite portèrent des étiquettes variées créées par les négociants de la Place de Bordeaux. 

En 1924, Philippe de Rothschild réussit finalement à convaincre les  Premiers Crus Classés en 1855 de rendre la mise en bouteille au Château obligatoire, créant ainsi une “coalition informelle” qui préconisait “l’intérêt de mettre en bouteille la totalité de la production au Château de façon à garantir que seules les bouteilles portant la marque authentique du domaine puissent être vendues sous leur appellation”. Tout le monde adhéra, sauf Lafite, qui finalement s’inscrivit l’année suivante. La liberté des négociants pour créer leurs propres étiquettes avait touché à sa fin.

La liberté des négociants pour créer leurs propres étiquettes avait touché à sa fin. 

Étiquette peinte, bleu ciel et bords arrondis en style art déco, artiste inconnu. Issue de la boite n° 97 des archives.

Retour à la gravure portant la légende “mise en bouteille au Château”, mais cette fois avec une mention spéciale à propos du verre sur lequel on appose l’étiquette. Pendant la guerre, le verre utilisé était beaucoup plus clair en raison du manque de plomb, réservé à la fabrication de munitions. 

Une étiquette classique et pourtant une coche au-dessus pour commémorer l’Armistice.

En 1945, l’étiquette ne change pas, mais au-dessus d’elle, sur les épaules de la bouteille, l’année est inscrite en relief dans le verre. Ce gaufrage des millésimes été reproduit à trois reprises. En 1985, il s’agissait à la fois de célébrer le passage de la comète de Halley et la naissance de James, le fils aîné du Baron Éric de Rothschild. En 2008, c’était un hommage au début des opérations à Long Dai, le domaine chinois du groupe – hommage opportun à plus d’un titre car le chiffre 8 a valeur en Chine de porte-bonheur. Enfin, en 2016, c’est un sablier qui fut incorporé dans ce gaufrage en écho au nom de baptême de ce millésime d’exception : “L’Année de l’Attente”.

Pour le centenaire de Lafite, une étiquette légèrement modifiée: elle orne la couverture du livre commémoratif écrit par Cyril Ray, ancien correspondant de guerre devenu plume érudite des grands vins. 

Une publicité pour Lafite : tout simplement une étiquette parue dans l’édition anglaise de Le Monde.

Une bouteille de 1846 atteint le prix record de 5 000 dollars de l’époque, soit l’équivalent de 36 000 dollars d’aujourd’hui. Ce vin âgé de 125 ans fut, pour l’occasion, orné d’une nouvelle étiquette. Les vieilles bouteilles datant d’avant l’acquisition portaient une étiquette plus simple (voir Broadbent 1974 avec un jéroboam Lafite 1864) ou pas d’étiquette du tout. Elles étaient stockées dans des caisses à l’intérieur du chai sous des “plaques numérotées” qui désignaient le millésime. 

Une publicité des plumes Parker avec une étiquette qui n’exista certainement pas, la 1868.

Laissez tomber le Beaujolais nouveau, voici le Bordeaux nouveau. Une nouvelle génération, chacun avec une étiquette “très officielle” pour célébrer son millésime personnel.

Une publicité pour une montre de plongée IWC conçue par Nicole Wisniak et publiée dans le magazine culte Egoïste. Une plongeuse découvre un trésor sous-marin, une caisse de Château Lafite Rothschild. Elle décide de remplacer sa réserve bouteille par une des très chères bouteilles. 

Supreme, marque célèbre pour emprunter des images à l’art et à la culture populaire, se donne la liberté de créer une étiquette “Château Lafite Supreme 1949” pour sa collection Automne 2017. 

Une étiquette légèrement modifiée pour célébrer les 150 ans de Lafite. Les lettres CL qui ornent la montgolfière sont aussi des chiffres romains qui justement coïncident avec l’anniversaire. Saskia de Rothschild explique que :

« En 1868, les montgolfières étaient un symbole absolu de modernité et d’aventure. En 2018, on les voit encore voler, devenues le symbole du ralentissement, de la prise de hauteur pour avancer sereinement. Sans précipitation. Exactement ce que nous faisons à Lafite depuis 150 ans : traverser l’épreuve du temps, les yeux tournés vers l’avenir. »

Saskia de Rothschild

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